Si vous avez acheté un café de spécialité ces deux dernières années, il y a de fortes chances que la mention « anaérobie » ait croisé votre chemin sur l'étiquette. Ce qu'elle désigne, c'est un traitement post-récolte où les cerises — ou les grains dépulpés — fermentent dans un environnement hermétique, sans oxygène, pendant des durées qui peuvent aller de 24 heures à plusieurs jours. La promesse : des profils aromatiques d'une intensité inhabituelle, souvent fruités, vineux, parfois ouvertement fermentés. Des tasses qui arrêtent les gens net.
Le problème, c'est que ça divise profondément. D'un côté, des torréfacteurs comme Lomi (Paris), The Barn (Berlin) ou encore des petits producteurs au Panama et en Éthiopie qui misent tout sur ces profils spectaculaires. Ils parlent d'exploration, de nouvelles frontières sensorielles. De l'autre côté, des voix respectées dans la communauté — des juges de compétitions, des importateurs historiques — qui estiment que l'anaérobie masque le terroir plutôt qu'il ne l'exprime. Que ce qu'on goûte, c'est la fermentation, pas le café.
« À force de chercher l'originalité, on finit par vendre du kombucha avec un peu de caféine. »
Cette remarque, je l'ai entendue d'un importateur que je ne citerai pas, mais elle résume bien la frustration d'une frange du secteur. La question est légitime : si deux cafés de variétés et d'altitudes complètement différentes se ressemblent dans la tasse parce qu'ils ont subi le même traitement, est-ce encore du café de spécialité au sens originel du terme ?
Mon avis honnête : les deux camps ont raison à moitié. Il existe des anaérobies d'une précision remarquable — des cafés où la fermentation amplifie quelque chose qui était déjà là, une note florale, un fruité propre — et d'autres qui sont franchement cacophoniques. Le souci, c'est que l'étiquette ne dit rien de la maîtrise du processus. Une fermentation bien conduite et une autre bâclée portent le même nom. La prochaine fois que vous en achetez un, posez la question du temps de fermentation et de la température. Ce sont ces paramètres qui font toute la différence entre l'excellence et le gadget.