La Lettre N°07, Été 2026

filtré.

La lettre du café de spécialité


Le Venezuela produisait un tiers du café mondial. Aujourd'hui il en importe. J'en bois un, cultivé à Trujillo, et il est doux comme tout. Plus le calcul du grammage au kilo, et ce que l'altitude change dans la tasse.

Café du mois 01 / 03

Un Venezuela lavé.
D'un pays qui n'en exporte presque plus.

Venezuela Trujillo, Alto Dulce

Anom · Lavé · Petits producteurs des Andes vénézuéliennes

Typica · Bourbon · Caturra Lavé 1200–1800 m 85,75/100

Chocolat · Sucrosité · Peu acide · Gourmand

Personne ne vous vend du café vénézuélien. C'est même devenu une curiosité, et l'histoire derrière vaut le détour. Entre 1830 et 1855, le Venezuela produisait environ un tiers du café mondial. Un tiers. Le pic d'exportation date de 1919, avec 1,37 million de sacs. Puis le pétrole a pris toute la place dans l'économie, et le café est passé au second rang. En 1992, le pays exportait encore 479 000 sacs. En 2009, il en exportait 19 000. Aujourd'hui, le Venezuela importe du café.

Et Trujillo, la région d'où vient ce sachet, n'est pas un coin anonyme. C'était l'une des quatre origines historiques exportées depuis le port de Maracaibo, avec Mérida, Táchira et Cúcuta. Les « Maracaibos » avaient un nom sur les marchés mondiaux, comme on dit aujourd'hui Yirgacheffe ou Huila. Alors quand j'ai vu le sachet chez Anom, j'ai pris sans hésiter. Boire un café de Trujillo aujourd'hui, c'est goûter ce qu'il reste d'une filière qui a failli disparaître.

Sur le papier, l'Alto Dulce coche les cases du café qui plaît à tout le monde : lavé, propre, peu acide, chocolaté, avec une sucrosité franche. Trois variétés classiques, Typica, Bourbon et Caturra, cultivées entre 1200 et 1800 mètres par de petits producteurs. Noté 85,75 par le torréfacteur, ce qui le place confortablement dans le café de spécialité.

Premier essai à l'espresso, sur la Specialista : réglage 4 au moulin, 18,5 g dans le panier. L'écoulement est trop lent, la tasse sort serrée et un peu sèche en finale. Je passerai à 5 au prochain shot, et je vous dirai ce que ça donne dans la lettre suivante. Rien d'inquiétant, c'est le dial-in normal d'un café qu'on découvre.

Et ce premier essai me rappelle une chose que je répète de plus en plus : le numéro affiché sur le moulin ne veut rien dire. Mon 4 n'est pas votre 4, et mon 4 d'aujourd'hui ne sera pas mon 4 dans trois semaines quand le café aura dégazé. Le réglage est un repère personnel, pas une recette. Ce qui se reproduit, c'est ce que vous pesez : la dose en entrée, le poids en tasse, le temps d'écoulement. Le reste est du bricolage à l'aveugle.

Et c'est exactement là que l'abonnement prend son sens. Ce Venezuela, je ne l'aurais jamais commandé de moi-même. Comme le Pérou de juillet, que j'ai fini par préférer à tout ce que j'avais bu depuis, et que j'ai fait goûter à ma famille. Des gens qui prenaient leur café en grande surface sans y penser ont vu la différence, sans que j'aie à expliquer quoi que ce soit. On parle du café de spécialité comme d'un produit qu'on achète. C'est plutôt une découverte dont il faut devenir acteur, sachet après sachet.

Un pays qui fournissait un tiers de la planète et qui importe aujourd'hui son café. On oublie vite que les origines aussi peuvent disparaître.

À lire sur le site : Mon test à trois mois →


Le carnet 02 / 03

Combien de tasses
dans un kilo de café ?

C'est une question qu'on me pose souvent, et je n'y avais jamais répondu proprement. Un kilo de café, ça fait combien de tasses ? La réponse dépend de la méthode, et l'écart est plus large qu'on ne l'imagine.

Ce qui donne un repère utile : pour quelqu'un qui boit deux cafés filtre par jour, un kilo tient à peu près un mois. Et c'est justement là que je vous déconseille le format kilo. Le café perd ses arômes dans les semaines qui suivent la torréfaction, donc la fin du paquet n'a plus grand-chose à voir avec le début. Deux sachets de 250 g coûtent un peu plus cher au kilo, mais vous les buvez tous les deux au bon moment.

Tout ça ne tient évidemment que si vous pesez. À l'œil, une cuillère change de contenu selon la mouture et le café, et vos repères sautent au paquet suivant. Une Timemore Black Mirror au gramme près avec minuteur intégré règle la question une fois pour toutes. J'ai regroupé tout ce que j'utilise au quotidien, moulins, balances, machines et V60, sur ma page matériel, classé par usage et par budget.

À lire sur le site : Le grammage par méthode →


Dossier 03 / 03

1200 ou 1800 mètres.
Ce que ça change dans la tasse.

Sur le sachet de l'Alto Dulce, une ligne m'a fait tiquer : 1200 à 1800 mètres. Six cents mètres d'écart, c'est énorme. Sur la plupart des sachets on lit une altitude précise, 1850 m pour le Sidama de la dernière lettre par exemple. Ici, la fourchette dit une chose simple : le café vient de plusieurs petites parcelles, à des hauteurs différentes, assemblées ensuite. Ce n'est ni bon ni mauvais, c'est la réalité d'une filière de petits producteurs.

Pourquoi l'altitude compte ? Parce qu'en montant, il fait plus frais, et la cerise met plus de temps à mûrir. Cette lenteur donne un grain plus dense, plus chargé en sucres et en acides. C'est de là que viennent la complexité aromatique et cette acidité vive qu'on cherche dans un café de spécialité. À basse altitude, la maturation est rapide, le grain plus tendre, le profil plus rond et plus court.

Ce qui explique aussi le caractère de ce Venezuela. Avec une part de récolte autour de 1200 mètres, on n'attend pas l'acidité électrique d'un éthiopien à 2000. On obtient exactement ce que le torréfacteur annonce : de la douceur, du chocolat, de la sucrosité. C'est un café facile, et ce n'est pas un reproche. Tout le monde n'a pas envie d'une tasse qui tend le palais dès le matin.

Le réflexe utile, quand vous lisez une étiquette : une altitude unique et précise indique en général un lot serré, souvent une seule ferme. Une fourchette large signale un assemblage de parcelles. Le premier vous donnera plus de caractère, le second plus de régularité d'un sachet à l'autre. À vous de savoir ce que vous cherchez ce mois-ci.

À lire sur le site : L'altitude change tout → Lire une étiquette →


Mot de Reda

Pour la prochaine, je pars vers l'est. Deux sachets viennent d'arriver dans mon panier : un Yunnan chinois et un Pang Khon thaïlandais. La Chine et la Thaïlande en café de spécialité, on en parle peu et j'ai très envie de voir ce que ça donne.

Et vous, vous avez déjà bu un café vénézuélien ? Répondez à ce mail, je suis curieux de savoir si j'ai raté quelque chose.

Reda