Venezuela Trujillo, Alto Dulce
Anom · Lavé · Petits producteurs des Andes vénézuéliennes
Typica · Bourbon · Caturra Lavé 1200–1800 m 85,75/100
Chocolat · Sucrosité · Peu acide · Gourmand
Personne ne vous vend du café vénézuélien. C'est même devenu une curiosité, et l'histoire derrière vaut le détour. Entre 1830 et 1855, le Venezuela produisait environ un tiers du café mondial. Un tiers. Le pic d'exportation date de 1919, avec 1,37 million de sacs. Puis le pétrole a pris toute la place dans l'économie, et le café est passé au second rang. En 1992, le pays exportait encore 479 000 sacs. En 2009, il en exportait 19 000. Aujourd'hui, le Venezuela importe du café.
Et Trujillo, la région d'où vient ce sachet, n'est pas un coin anonyme. C'était l'une des quatre origines historiques exportées depuis le port de Maracaibo, avec Mérida, Táchira et Cúcuta. Les « Maracaibos » avaient un nom sur les marchés mondiaux, comme on dit aujourd'hui Yirgacheffe ou Huila. Alors quand j'ai vu le sachet chez Anom, j'ai pris sans hésiter. Boire un café de Trujillo aujourd'hui, c'est goûter ce qu'il reste d'une filière qui a failli disparaître.
Sur le papier, l'Alto Dulce coche les cases du café qui plaît à tout le monde : lavé, propre, peu acide, chocolaté, avec une sucrosité franche. Trois variétés classiques, Typica, Bourbon et Caturra, cultivées entre 1200 et 1800 mètres par de petits producteurs. Noté 85,75 par le torréfacteur, ce qui le place confortablement dans le café de spécialité.
Premier essai à l'espresso, sur la Specialista : réglage 4 au moulin, 18,5 g dans le panier. L'écoulement est trop lent, la tasse sort serrée et un peu sèche en finale. Je passerai à 5 au prochain shot, et je vous dirai ce que ça donne dans la lettre suivante. Rien d'inquiétant, c'est le dial-in normal d'un café qu'on découvre.
Et ce premier essai me rappelle une chose que je répète de plus en plus : le numéro affiché sur le moulin ne veut rien dire. Mon 4 n'est pas votre 4, et mon 4 d'aujourd'hui ne sera pas mon 4 dans trois semaines quand le café aura dégazé. Le réglage est un repère personnel, pas une recette. Ce qui se reproduit, c'est ce que vous pesez : la dose en entrée, le poids en tasse, le temps d'écoulement. Le reste est du bricolage à l'aveugle.
Et c'est exactement là que l'abonnement prend son sens. Ce Venezuela, je ne l'aurais jamais commandé de moi-même. Comme le Pérou de juillet, que j'ai fini par préférer à tout ce que j'avais bu depuis, et que j'ai fait goûter à ma famille. Des gens qui prenaient leur café en grande surface sans y penser ont vu la différence, sans que j'aie à expliquer quoi que ce soit. On parle du café de spécialité comme d'un produit qu'on achète. C'est plutôt une découverte dont il faut devenir acteur, sachet après sachet.
Un pays qui fournissait un tiers de la planète et qui importe aujourd'hui son café. On oublie vite que les origines aussi peuvent disparaître.
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